« balades colorées » 2011 une « invitation à s’asseoir »

Contexte

L’œuvre éphémère « invitation à faire salon » créée par le collectif « mais pas uniquement » pour la deuxième édition des « Balades Colorées » de l’atelier de peinture d’IS-sur-Tille (ALCValduc) s’est traduite par une installation invitant les habitants, les visiteurs, les promeneurs des journées du patrimoine, à s’asseoir pour échanger autour des préoccupations de l’atelier c’est-à-dire la présence de l’art dans les villages. Quelle importance peut avoir une exposition, ça sert à quoi de faire des expos?

Détails de l’installation

L’œuvre conçue pour la salle des fêtes de Salives (21, nord Côte d’Or) s’enchevêtrait dans la charpente du toit de cet ancien bâtiment agricole désaffecté et rénové en 2005 (rénovation ayant mis en valeur l’aspect esthétique de la poutraison).

Prenant appui sur les trois fermes de la charpente, elle occupait l’espace central de la pièce. Composée de 16 poutres en sapin de section 18×18 et de longueurs comprises entre 7m (au plus) et 5 m (au moins.) assemblées les unes aux autres par vissage, elle se déployait sur une surface de 10mx5m. Deux poutres en chêne de 5m50 de long et de section 30×30, sorties d’un champ alentour, venaient s’inclure au sol dans l’organisation de l’installation. Les poutres étaient toutes reliées entre elles.

Certaines placées horizontalement pouvaient servir de support permettant à chacun de s’y asseoir au gré de son parcours, un peu comme on le ferait au cours d’une balade lorsqu’on s’arrête un moment sur un support improvisé afin de profiter d’un point de vue.

Finalité

Le sens de l’installation était à percevoir dans ce qu’elle apportait de nouveau à l’existant. Qu’est-ce que changeait ou pas, dans notre perception du lieu, la présence au milieu de la salle d’une sorte de charpente inversée faite de bois neuf appuyé sur du bois ancien ?

Le matériau qui la constituait, le bois neuf en l’occurrence combiné avec le bois ancien de la charpente du toit dont certaines poutres avaient elles-mêmes été réajustées par du bois plus neuf au moment de la rénovation, ainsi que le bois des grosses poutres de chêne obligeait à spontanément exprimer notre ressenti de cette combinaison. Qu’est-ce que nous inspirent des poutres qui s’élèvent vers le toit ou descendent vers nous pour se mettre à notre portée ?

Son organisation spatiale matérialisait une proposition formelle à parcourir, à ressentir, à investir, à vivre dont l’impact sur la perception de chacun pouvait permettre d’imaginer s’y « sentir chez soi ».

Allait-elle inciter à s’y installer un moment ? Allait-elle favoriser l’échange, la rencontre ? Allait-elle permettre qu’il s’y passe quelque chose ?

Effets produits

Lors du vernissage, le rassemblement des personnes assises sur la structure, des personnes assises hors de la structure et de celles  restées debout a finalement constitué une expérience de vécu collectif. Celui-ci a défini le contenu de l’installation. Le contenu a varié selon la place et la perception de chacun.

En effet cette installation engageait à s’asseoir de différentes manières comme à cheval sur la poutre ou bien en appui dans un angle accueillant, sur une poutre inclinée, sur une vieille poutre pas nettoyée ce qui induisait une perception très différente de ce qu’il s’y passait. Certains se sont serrés les uns contre les autres, certains étaient plus haut perchés que d’autres, d’autres encore à l’extérieur de l’installation.

Dans un tel vécu d’un moment quel sentiment d’appartenance en retire-t-on?

Certains ont dit comprendre l’installation en y voyant un foyer matérialisé par le triangle central formant le cœur de l’installation. D’autres ont parlé de murs invisibles qui laissent voir ce qui se passe à l’intérieur. Cette absence de bords fermés dans l’installation offrait la possibilité de rentrer facilement à l’intérieur autant que d’en sortir.

Quelqu’un m’a dit : « c’est une fois posée dans l’installation que je me suis dit: « je comprends mon point du vue depuis cet endroit là, au moment du vernissage lorsqu’on avait tous choisi une place dedans, mais pas la même, ça changeait de l’habitude de s’asseoir sur des chaises banales, il y avait des personnes restées dehors sur des chaises habituelles mais ce n’était pas gênant , je crois qu’on sentait qu’on était tous à une place différente et que ça ne posait pas de problème, on se serait cru dans un tipi, tous prêts à fumer un calumet»

Déploiements

En dehors de ce vécu, qu’est ce que cette installation a développé de plus

L’installation devenue partie intégrale de l’espace architectural de la salle a pu faire croire qu’elle faisait partie du lieu à ceux qui ne l’on pas remarquée comme oeuvre.

Ceux qui l’ont immédiatement vue, ont pensé que sa présence apportait « un plus » embellissant la salle et en ont regretté le côté éphémère.

Son introduction dans ce lieu lui préexistant a-t-elle ajoutée une sorte d’actualisation de notre perception du lieu lui-même?

L’espace modifié dans ce qu’il décalait notre vision a-t-il apporté un renouvellement du regard sur l’idée qu’on se fait de la fonction de la salle des fêtes ?

Compréhensible aux non initiés à l’art (j’ai cru qu’elle avait toujours été là, je ne l’ai pas prisse pour une œuvre), autant qu’aux initiés (je regrette qu’elle ne reste pas), l’installation a souligné l’invisibilité de sa présence (très intégré au lieu) et sa présence comme un possible futur (regret de son démontage).

L’ensemble des deux attirant l’attention sur l’échelle du temps.

Comment situer les choses et comment se situe-t-on dans l’échelle du temps ?

Conclusion

Le vécu du moment et la perturbation de la perception usuelle de l’espace de la salle des fête ont permis d’ouvrir l’échelle du temps, de prendre conscience de nos différents points de vue par l’expérimentation de l’installation, d’être en mesure de se situer chacun dans un ensemble autorisant quiconque à se sentir en appartenance au moment et au lieu et enfin de sensibiliser sur la pertinence de l’utilité de faire apparaître des œuvres d’art dans notre paysage habituel.

L’évènement « Balades Colorées 2011 » a-t-il constitué un moment favorisant la rencontre, un moment fédérateur réunissant les habitants, les entreprises privées et publiques locales ?

Cela a-t-il  été propice à l’émergence d’initiatives futures ? Les idées ont-elles fusées ?

Il ne semble pas que l’objectif ait été atteint pendant le temps d’exposition sur l’expression de propositions concrètes, d’envies collectives mais qu’il ait été plus été atteint sur l’aspect rencontre avec les habitants des villages et sur leurs envies de participer à d’autres initiatives futures de manière impliquée.

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