Ouvrir l’arbre sous les rouges

Il y a encore du vent qui agite les arbres cette année.

 Les feuilles bruissent.

Suspendues par un fil,

elles se parent ,

de mots,

de mots attrapés,

de suites de mots récoltées.

Des phrases de mots,

pleines de mots,

dégoulinent des feuilles,

devenues papier.

Elles tombent,

deviennent gouttes,

sèchent au bout du fil.

Dans la gouttière.

s’égoutte

ce qui ne se voit pas.

Ce qui goutte est tout autre chose que ce qui s’égoutte des gouttes.

Il ne goutte rien.

La gouttière est vide,

entièrement pleine de vide.

Pourtant les gouttes s’égouttent,

visiblement.

Seule,

l’absence visible de ce qui s’égoutte,

se montre.

Surprenante constatation d’être en présence du rien.

Les gouttes

ont rempli

la gouttière

à ras bord

d’une récolte sonnant d’un long gong

par delà les frontières.

 

Résidence au Couvent de la Tourette

Les photos de notre résidence au couvent dominicain de La Tourette, imaginé par Le Corbusier du samedi 18 au jeudi 23 décembre 2010.

Résidence à Cantercel 2010

Il fait très beau, c’est le plein été.

Je m’installe sous l’arbre de la « maison ronde » de Cantercel.

Son tronc, très lisse, se dresse au centre de la maison déployant un large branchage comme celui d’un parasol. Il forme à la fois la charpente intérieure et la couverture extérieure de cette maison expérimentale d’un coin du Larzac.

Le soleil dessine des étoiles sur mon papier à dessin. Je pense que le soleil est une étoile et je dessine un cercle avec plein de rayons.

Mes dessins me font penser à des nids, des nids vides.

A force de les considérer,

je me demande s’ils ne seraient pas remplis?

Je dessine des cercles et des cercles,

des boucles et des boucles.

Je suis obligée de sortir du cercle des choses.

Je ne dois plus être si forte.

J’ai fait le choix d’aller là où je n’ai pas l’habitude.

Je suis convaincue de devoir cesser de refuser d’utiliser mes pieds,

mes jambes,

mon corps pour avancer.

Je dois cesser de savoir où je vais.

Je dois cesser d’être propriétaire de mes convictions.

Je dois ouvrir ma route,

être dans l’accueil.

Je ne peux pas être venue ici pour m’extraire.

Une retraite n’est pas se retirer du monde, c’est aller l’explorer.

Je suis venue si loin,

sortir de mes habitudes,

m’isoler pour avoir de la place et faire de la place.

Je dessine des petits nids de brindilles.

Je fais mon nid sous l’arbre.

Tout part du sol,

j’en ai la conviction.

Je marche au son des pas qui résonnent sur le sol.

C’est moi que j’entends résonner de l’intérieur.

Je m’étonne d’entendre avec bienveillance ma respiration.

Au fil des jours mes dessins de nids me sourient.

Ils ressemblent à des bonhommes-tétards,

leurs innombrables bras se serrant les uns contre les autres,

timidement.

Parfois leurs bras s’emmêlent maladroitement.

Ils essaient d’apprendre à nager sur terre pour prendre leur envol.

 

Le lendemain, samedi, jour d’ouverture de la maison ronde au public, je ne me surprends pas à dire aux visiteurs, qu’à vivre ici depuis huit jours je constate vraiment que la « La maison ronde » respire l’écologie expérimentale.

Le retour sonne le moment d’exploiter cette semaine de résidence artistique. Je ne parviens pas à me dégager de la présence fortifiante de la charpente en forme d’arbre qui m’a appris à vivre sans autre couverture que la sienne. J’ouvre mon carton à dessin et regarde mes nombreuses feuilles couvertes de petits nids aux branchages hérissés.

Je dois imaginer une installation pour la salle des fêtes d’un village de Bourgogne.

 

Pour « Balades colorées 2011» je crée « Invitation à s’asseoir », une arborescence de 16 poutres de section 18X18, s’élevant dans les poutres apparentes de la charpente de la salle de Salives.

« L’installation ressemble à un vaste tipi à parois ouvertes. Les visiteurs entrent, traversent, parcourent, s’assoient sur les poutres comme on s’installe sur les branches d’un arbre dans lequel on vient de monter. Serrés les uns contre les autres, chacun à sa façon, je pense ressentir ce qui nous rassemble véritablement, la communauté humaine. Je regarde le ciel et j’aperçois un banc d’hirondelles rassemblées, toutes serrés les unes contre les autres sur un fil ».